Interview #FAN2 Laurine BOIS Legal ops à la caisse nationale des allocations familiales (CNAF)

par | Fév 26, 2026 | Fan de & Inspiration | 0 commentaires

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L’entrée en matière

 

Dans cette interview #FAN2, nous recevons Laurine BOIS, Legal Ops dans le secteur publique, à la Caisse Nationale des Allocations Familiales (CNAF). Elle partage son parcours atypique, son quotidien dans la transformation juridique et numérique, et sa vision d’une direction juridique moderne, décloisonnée et centrée sur l’impact. Découvrez ses conseils, inspirations et réflexions sur le futur du métier de juriste.

 

Si tu devais inventer le titre de ton autobiographie, ce serait quoi ?

Je dirais « Suivre le vent ». C’est vraiment mon fil rouge. Je vois de la lumière quelque part, une bourrasque me pousse dans une direction, et je la suis. Je ne me pose pas trop de questions.

J’ai toujours vécu comme ça. J’ai grandi avec des parents qui avaient la bougeotte. Tous les deux ou trois ans, un nouveau projet, un déménagement. À un moment, ils ont décidé de quitter la France pour partir au Sénégal. Du jour au lendemain. J’ai fait mes trois années de lycée là-bas. Une expérience incroyable. De la chaleur, de l’insouciance et une bonne dose d’aventure !

Après, j’ai longtemps cherché ce que je voulais faire. Graphiste dans le domaine du jeu vidéo ? Finalement : Les langues. Les soins infirmiers. Le droit (que je jurais pourtant ne jamais faire). Et puis, à chaque fois, des rencontres. Des coups de cœur. Des managers inspirants. Des projets. J’écoute cette petite voix qui me dit : « on teste ». Et jusqu’ici, ça s’est toujours bien passé.

Aujourd’hui, je travaille dans le secteur public au sein de l’équipe de la MACSSI (mission de l’analyse de la conformité et de la sécurité du système d’information) de la CNAF (caisse nationale des allocations familiales), sur des sujets de transformation, de numérique et de Legal Ops. Et là encore, c’est un coup de cœur. Pour la vision. Pour les gens. Pour l’impact.

 

Une idée que tu aimerais déconstruire sur ton métier de Legal Ops? 

Que ce n’est pas nécessaire d’être juriste pour participer et que toutes les directions juridiques ou services conformité ont besoin d’un Legal ops. Ce n’est pas réservé à une élite.

 

Les petits bonheurs

 

Ton meilleur moment au travail ?

 

Les pauses café. Pas parce que c’est un moment où on ne travaille pas mais parce que ce sont des moments informels. Ceux où on sort du cadre, où on comprend vraiment comment les gens fonctionnent. C’est là que tout se joue. C’est là qu’on crée du lien.

Qu’est-ce que tu fais après une grosse journée de travail ?

Des activités manuelles. Beaucoup. Je fais des book nook : des petits univers miniatures à glisser entre les livres. Des cafés, des ruelles, des maisons. J’adore. J’ai juste un problème de place chez moi…

 

Et quand il fait beau, c’est terrasse, balades. Mais l’hiver, c’est clairement période book nook (et jeux vidéo).

 

Quelle musique te fait du bien ?

J’écoute vraiment de tout et quand je tombe sur LE bon morceau, je l’écoute en boucle pendant des jours. J’aime aussi les musiques latino. Celles qui bougent. J’adore danser. En hiver, c’est vital.

 

Quelle est ta couleur préférée ?

C’est le vert/bleu.

 

Quelle est ton année préférée ?

Juste après COVID. Retrouver le plaisir des sorties. Un renouveau général qui m’a beaucoup marqué.

 C’était l’année de mon expérience en tant qu’entrepreneuse d’intérêt général avec une dimension « promo ».

 

Ton style au boulot ?

Très organisé (passion to do list) mais chill. Il faut que ce soit carré mais aussi fun et agréable. On passe la majorité de notre temps au travail, c’est important de rire et d’y passer de bon moments en bonne compagnie !

 

Si tu pouvais revivre une journée parfaite de ta vie, ce serait laquelle ?

S’il ne fallait en choisir qu’une, ce serait sans doute celle-là : un jour de typhon en plein Tokyo. Ça sonne un peu apocalyptique dit comme ça, mais en réalité, c’était magique. À cause de la tempête, tous les trains étaient annulés. Je me suis retrouvée avec une journée supplémentaire sur les bras, totalement imprévue, sans aucun plan. Et là, sur un coup de tête, je me suis dit : « Pourquoi pas Disney?».

 

C’était une première à tous les niveaux. Je me suis retrouvée seule dans un parc d’attractions, à l’autre bout du monde, dans un pays que je découvrais pour la première fois, à improviser ma vie minute par minute. Franchement ? C’était génial. Il y a quelque chose de libérateur dans le fait de ne rien avoir planifié et de simplement se laisser porter par l’instant. C’était trop bien.

 

Les convictions

 

Pour toi, à quoi ressemble la direction juridique du futur ?

Une direction qui n’est plus dans sa tour d’ivoire. Qui n’est plus déconnectée des opérationnels. Des juristes qui automatisent les tâches chronophages pour reprendre leur vraie place : celle de passeurs de savoirs, de clarificateurs.

 

Le juriste, étymologiquement, c’est celui qui dit le droit. Celui qui rend les choses compréhensibles. Pour moi, il doit être au cœur des projets, les comprendre, les accompagner au quotidien.

Et surtout, une direction juridique capable de valoriser ce qu’elle fait. On est trop souvent vus comme un service support, un centre de coûts. Il faut montrer notre impact. Nos actions. Notre valeur.

 

Quel combat professionnel t’anime le plus ?

La transformation. Clairement. Ce n’est pas facile, surtout dans des fonctions avec un fort héritage culturel. Mais il faut le faire. Sinon, on risque de rater le train.

Le droit devient de plus en plus complexe. Les réglementations s’enchaînent. Si on ne travaille pas sur nos méthodes, sur notre organisation, sur l’IA, sur le Legal Design, on n’y arrivera pas. Il faut s’en emparer collectivement.

 

Si tu pouvais changer une chose dans le monde juridique ?

La formation. Il faut la rendre beaucoup plus opérationnelle. Apprendre à apprivoiser l’IA, à s’organiser, à vulgariser le droit. Pas seulement pour les juristes du numérique. Pour tous. Et d’ailleurs, pas seulement dans le droit. Dans tous les secteurs.

 

“En fait, si on a envie que les choses changent, il faut être un peu acteur de ce changement-là.”

 

Comment aimerais-tu qu’on se souvienne de toi ? C’est un peu rude comme question…

C’est vrai, j’espère que j’ai encore un peu de temps devant moi ! Mais si je devais répondre, j’aimerais simplement qu’on se souvienne de moi comme de quelqu’un de sympa et de lumineux. Quelqu’un avec qui on a vraiment envie de passer du temps, que ce soit dans le boulot ou dans la vie perso. Juste laisser cette impression d’une présence positive.

 Si tu avais toutes les personnes croisées dans ta carrière face à toi, qu’est-ce que tu aimerais leur dire ?

C’est vaste, parce que j’ai deux messages très différents selon le camp d’en face !

D’abord, à ceux qui ont cru en moi : un immense merci. Ils ont réussi à me convaincre qu’ils avaient raison de me faire confiance, alors que moi-même, je n’avais pas forcément conscience de mes capacités. Ils m’ont donné cette force de tester des choses, de voir que ça marche et d’être enfin fière de ce que je produis.

Et puis, il y a les autres. À ceux qui m’ont mis des bâtons dans les roues , essentiellement quand j’étais infirmière, je leur dis merci aussi. Finalement, sans eux, je n’aurais peut-être pas pris ce nouveau chemin vers le droit, un métier qui me plaît à 1000 % aujourd’hui. 

Enfin, je m’adresse à ceux qui pensent que les juristes sont des gens qu’on préfère éviter dans les couloirs. J’ai entendu ça dans des conférences, et ça me booste. Je suis tellement contente de leur démontrer qu’un juriste, ça peut être la personne avec qui on a non seulement envie de discuter, mais aussi de prendre un café. On n’est pas des gens obtus, on est là pour aider. J’espère qu’ils ont changé d’avis, et sinon… on va continuer à leur prouver le contraire !

Et si je repense à mon ancien métier, j’en profite aussi pour mettre en lumière les conditions de travail parfois extrêmement difficiles du monde infirmier. Malgré cela, j’y ai rencontré des personnes extraordinaires, profondément engagées et humaines. Ce sont elles qui m’ont portée  et qui méritent qu’on parle davantage de leur réalité.

 

Comment tu gères la pression ?

Avec beaucoup de sport. Et beaucoup de légèreté. Le fait d’être en duo, complémentaire, ça change tout.

Je suis dans l’accompagnement, dans la douceur. Le chemin est parfois plus long, mais je crois à la démonstration, à l’écoute. Il faut trouver l’équilibre entre avancer et respecter les rythmes.

 

As-tu un mantra ?

Toujours me dire : ce n’est pas grave, il y a un plan B. Je suis Miss Plan B. Avant de me lancer, tout est déjà prévu. J’ai besoin de cette sécurité pour oser.

Qu’est-ce que ce serait ta plus grande peur ?

On va rentrer dans des choses un peu plus « deep », mais j’ai très, très peur de la mort. C’est quelque chose qui m’habite. Mais paradoxalement, c’est aussi ce qui me pousse à vivre à 3000 %. J’ai cette envie viscérale de tout tester, de tout voir, de tout expérimenter. 

La Bucket List de vie

Le revers de la médaille, c’est que c’est parfois un peu compliqué à gérer au quotidien. J’ai tellement envie de tout faire en même temps que c’est physiquement impossible, et ça peut générer de grandes frustrations. Aujourd’hui, j’essaie de faire un travail sur moi pour avancer étape par étape. Je me répète que j’ai encore largement le temps, a priori, de faire rentrer tous mes projets dans ma « bucket list ». Si je m’écoutais, en un an, j’aurais bouclé tous les voyages de mes rêves et testé tous les métiers! Mais il faut être réaliste, alors j’apprends à étaler mes envies sur plusieurs années. Ce qui est sûr, c’est que j’ai plein d’idées, plein de plans… et bien sûr, toujours plein de plans B !

 

Le fun fact

 

Quelle odeur te met immédiatement de bonne humeur ? 

L’odeur de la mer. Le fait de ne plus vivre à côté de l’océan me manque. Quand j’y retourne cette odeur me rends heureuse instantanément !

 

Ton talent caché ?

Je peux monter n’importe quel meuble IKEA.

 

Un super pouvoir ?

La téléportation. Sans hésitation

 

Ton signe astro ?

Verseau.

 

Ton signe chinois? ça collerait plus avec ton histoire? 

Cochon d’eau.

 

Ton personnage de série ou de film préféré ?

C’est Michael Scott de The Office. C’est le patron qu’au début, tu n’as pas du tout envie d’avoir et après, tu ne peux plus t’en passer. À chaque fois que je re-regarde la série, parce que j’ai dû la regarder trois fois, j’ai envie de travailler dans cette petite boîte qui vend du papier.

 

La contribution à la communauté juridique

 

Qu’est-ce que tu penses avoir apporté au monde juridique ?

Quelque chose de plus ludique, plus doux, plus accessible.

Et je crois beaucoup au décloisonnement. Travailler en équipes pluridisciplinaires. UX, data, com, juristes. C’est comme ça qu’on évite les blocages. Qu’on avance plus vite. Qu’on apprend les métiers des autres.

 

Des conseils de lecture  ? 

Les ressources de Mel Owski spécialiste en legal design et le livre Legal operations d’Emilie Calame paru en 2024.

 

Le #gratitude

 

À qui dirais-tu merci ?

À mes parents. Pour m’avoir appris à ne pas avoir peur de tout quitter du jour au lendemain. À tenter. Même si ça ne marche pas.

Et aussi à toutes les personnes qui ont cru en moi. Celles qui m’ont donné confiance. Et même à celles qui n’y ont pas cru. Elles m’ont permis de prendre un autre chemin. Le bon.

Aujourd’hui, j’ai juste envie de continuer à être actrice du changement. Parce que si on veut que les choses évoluent, il faut s’engager. Vraiment.

 

Les personnes qui t’époustouflent le plus en ce moment ?

Est-ce que j’ai le droit de vous lancer des fleurs ou on va croire que j’ai été payée pour dire ça ? (Rires). Plus sérieusement, je suis assez admirative de ce que vous faites avec Amel. Ça match exactement ma vision : toucher un maximum de monde, que ce soit par la formation ou les événements sur l’IA, pour montrer que les choses changent enfin.

Et si je devais rendre hommage à une personne qui a compté profondément dans mon parcours, ce serait Marine AHUAT WOODGE. C’est mon tout premier coup de cœur professionnel. Je me souviens encore de cette journée de job dating où nous nous sommes rencontrées… et où j’ai rejoint le service juridique de la Française des Jeux. Marine est une personne profondément humaine. Exigeante, bienveillante, structurante. C’est elle qui m’a fait découvrir le legal design. Elle a vu quelque chose en moi avant même que je le formule. Elle m’a encouragée à explorer, à oser, à tracer ce chemin. Et aujourd’hui encore, ses enseignements m’accompagnent.

 Je crois que nos premiers mentors laissent une empreinte durable. Marine fait clairement partie de celles qui ont changé ma trajectoire.

 

Quelle expérience pro t’a le plus marquée ?

 Mon passage au service de la transformation de la police nationale qui fonctionne exactement comme l’idéal de ce qu’on imagine d’une équipe optimisée (#legal ops). Contrairement aux idées reçues dans le service public on sait aussi innover et il faut que cela continue 🙂

C’était un modèle d’équipe pluridisciplinaire. On travaillait dans cette super équipe où tout le monde était mélangé : UX designers, communicants, juristes, experts en prospective IA…

Pour moi, c’est la seule manière de bosser aujourd’hui. Il faut décloisonner ! Quand tous les maillons de la chaîne sont alignés en permanence et qu’on est dans la co-construction, on évite les allers-retours inutiles et les « braquages » de positions parce qu’on reste chacun dans sa  zone d’expertise. 

Le petit bonus ? On apprend le métier des autres, on commence à parler le même langage. Et puis, échanger avec des gens qui n’ont pas le même métier, c’est bien plus marrant ! Ça casse l’entre-soi, on devient proches de profils très différents et on se comprend d’autant mieux. C’est ça, ma vision du travail.

 

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