Interview #FAN2 Charline Mainguet, la juriste qui s’ouvre au champ des possibles

par | Sep 30, 2026 | Fan de & Inspiration | 0 commentaires

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Interview #FAN2 Charline Mainguet, la juriste qui s’ouvre au champ des possibles

Juriste de formation, elle a découvert le monde de l’entreprise en tant que responsable juridique chez FlixBus, puis elle est devenue Chief Client Officer chez Gino LegalTech. En chemin, elle a fait un Erasmus à Vilnius. Charline Mainguet a mis du temps à comprendre qu’on ne se laisse pas enfermer par un choix de formation. Aujourd’hui, elle pilote la relation client de bout en bout, manage une équipe de legal project managers, se forme à l’IA et à la gestion de patrimoine à ses heures perdues, et prépare tranquillement la suite : plus de business, plus de stratégie, plus d’international et l’envie, un jour, d’entreprendre.

L’entrée en matière

Ton job aujourd’hui ?

Chief Client Officer, dans le style start-up nation. Concrètement, je pilote toute la relation client de bout en bout chez Gino LegalTech, avec une équipe de six cheffes et chefs de projet, des juristes formés à la digitalisation et au change management. On accompagne nos clients de l’avant-vente jusqu’à l’implémentation, puis pendant toute la durée de notre collaboration. Je développe aussi nos partenariats notamment avec les cabinets de conseil et legal ops indépendants qui déploient Gino avec nous. Ce qui me marque, c’est qu’on crée des liens forts avec certains clients. Il y en a avec qui on parle même vie perso.

Comment décrirais-tu ton style au boulot ?

Engagée à 200%. Quand je crois à un projet, je n’ai pas de limite dans l’énergie que j’y mets, et j’ai besoin d’être au cœur des sujets et des décisions. J’ai compris qu’une équipe ne se manage pas qu’à travers les projets. Malgré tout, je ne prends pas encore assez de temps pour échanger avec mes collaborateurs, pas seulement sur les dossiers, pour connaître chacun autrement que par le travail.

Un hashtag pour résumer ton parcours ?

#ChampDesPossibles. Pendant mes études, j’ai cru que toutes les décisions du parcours scolaire allaient déterminer le reste de ma vie. En fait non. On crée son histoire, on se forme, on frappe à d’autres portes. Ce qui compte, ce n’est pas le secteur d’où tu viens, c’est ce qui te rend heureuse, ce que tu peux amener dans d’autres métiers, ce en quoi tu es douée et comment tu l’appliques. Juriste devenue CCO, j’en suis la preuve.

Note YLA pour nos étudiants

À vous qui nous lisez depuis l’université, à vous qui vous demandez si vous avez « choisi la bonne spé » ou « fait la bonne école », gardez cette phrase de Charline sous le coude. Ce qui vous portera, ce sont les portes que vous oserez pousser en dehors du parcours qu’on vous a désigné, les compétences que vous saurez rapatrier d’un secteur à l’autre, les gens que vous croiserez en chemin. Vos notes en droit des sociétés ou en fiscalité ne déterminent pas votre valeur. Formez-vous, testez, bifurquez, recommencez. Le champ des possibles est infini.

Les petits bonheurs

Ton meilleur moment dans ton quotidien professionnel ?

J’ai longtemps fait de la vente chez Gino, et j’en fais encore. J’aime la gagne, je ne vais pas le cacher. Mais ce que j’adore vraiment c’est le moment où tu t’assoies avec une direction juridique et comprends son organisation, ses irritants, ce qu’elle doit prouver à sa direction générale. En tant qu’ancienne juriste, tu sais que tu peux apporter une réponse à son besoin. Et puis il y a ce moment où tu vois l’étincelle dans les yeux du client : il comprend, il te fait confiance. Pour toi, pour ce que tu apportes. Cette rencontre-là, c’est mon carburant. 

Quel est le compliment qui t’a le plus marquée dans ta carrière ?

Un message reçu il y a un an et demi après une démonstration en avant-vente que j’avais animée. Quelqu’un dont j’admire beaucoup les capacités oratoires a salué ma façon de présenter. On ne m’a jamais appris à parler en public ou à pitcher une idée. Je suis introvertie à la base, et c’est un exercice que j’ai construit seule, sur le terrain. Le fait qu’un orateur reconnaisse mes capacités, ça m’a portée.

Charline le dit sans détour : « la reconnaissance me pousse, je le sais, c’est une vérité ». C’est un moteur qu’elle a identifié et qu’elle utilise.

Et le prochain cap ?

L’international. Je parle bien anglais, mais dans un cadre informel. J’aimerais passer le cap de la prise de parole publique en anglais, donner cette dimension à mon profil.

YLA note to the Legal Innovator team @Cosmonauts

We know you, we follow you, we love you. Here is our suggestion: give Charline the format that will push her to make the leap into English. A short keynote, a five-minute pitch, a panel moderated in English. She already has the appetite, the self-discipline and the substance to hold the room. What she needs is the stage that will make her jump. You are that stage. Bonus: inviting a young Chief Client Officer to a top-tier legaltech event ticks the sisterhood boxes we all stand for. We will be in the audience to cheer.

Les convictions

Quelle technologie va, selon toi, le plus impacter le métier de juriste ?

L’IA agentique. Je me forme activement parce que c’est l’avenir pour tous, et surtout pour les juristes. J’écoutais récemment un épisode du podcast Women at Work de la Harvard Business Review qui le résume bien. Sur ces sujets, on n’est ni des early adopters ni des late adopters, il faut simplement être des adopters.

Quels seraient les soft skills essentiels pour le juriste de demain ?

D’abord, ne pas freiner face à la nouveauté. La capacité d’adaptation, c’est central. Ensuite, la prise de parole en public. Merci à Stéphane Baller et à ses concours de pitch : je ne sais pas comment un juriste peut survivre aujourd’hui sans savoir pitcher. Et enfin, la curiosité. Il faut se former en permanence.

Il y a une autre compétence dont on parle trop peu, et que tu tiens à ajouter ?

Savoir défendre son salaire. Ma première RH, Lauren, m’a marquée. Je devais négocier mon premier CDI. Elle m’a expliqué ce qu’on me proposait et j’allais accepter sans challenger. Elle m’a dit : « de femme à femme, on va recommencer. Tu as le droit de me dire ce que tu veux, comment et pourquoi, sans t’excuser. » Elle m’a appris à oser parler d’argent malgré les tabous et la pudeur de nombreuses femmes sur ces sujets. J’essaie de transmettre aujourd’hui la notion selon laquelle pour obtenir quelque chose, il faut se positionner.

Les habitudes positives… ou pas

C’est quoi ta routine pour rester en forme ?

Beaucoup de sport pour canaliser mon énergie. Je fais de la musculation en salle et de la course à pied, solo, écouteurs sur les oreilles. Pratique quand on est introvertie. Je suis d’un naturel très compétitive mais là je veux garder un truc plaisir. Pas de compet.

La musique qui te fait du bien ?

Beaucoup de rap français, d’afrobeat et de soul. À l’adolescence j’étais fan des Frères Scott, dont une des actrices avait un personnage centré sur la musique, je téléchargeais toute la bande son et l’écoutais en boucle. La musique m’accompagne partout, au sport comme au travail. C’est ce qui me donne de l’énergie et m’aide à canaliser mes émotions.

Et côté artistique ? Musicienne, plume, artiste ?

Le dessin, clairement. J’ai pris des cours avec ma mère quand j’étais plus jeune, et mon père travaillait toujours entouré de croquis. J’ai gardé ce réflexe : quand j’ai besoin de me concentrer ou de faire le vide.

Ton rythme ?

J’ai besoin d’apprendre en permanence. Chez Gino, j’ai la chance d’avoir évolué régulièrement, et c’est ce qui me nourrit. En parallèle, je me forme à l’investissement et à la gestion de patrimoine. Je m’attaque à l’immobilier. Et je prévois de reprendre l’espagnol.

Le fun fact

Une anecdote insolite ?

Mon Erasmus, je l’ai fait à Vilnius. Mes choix de vie sont parfois rigolos. Je faisais beaucoup de basket quand j’étais jeune. Je voulais étudier en anglais, dans un pays où je n’irais pas forcément en vacances. J’avais Oslo et Vilnius dans ma short list, et j’ai choisi la Lituanie pour le basket. Kaunas est l’une des meilleures équipes européennes, j’ai pu les voir jouer et c’était vraiment super.

Et Paris, tu comptes y rester ?

Je ne me vois pas vivre ailleurs en France, mais j’ai aussi des envies d’étranger.

La contribution à la communauté juridique

Comment tu fais avancer la profession, concrètement ?

Par mon travail chez Gino, positionné sur la transformation juridique. Une direction juridique n’a pas besoin d’un outil isolé. Elle a besoin d’un écosystème cohérent : des outils qui se parlent et des experts qui l’accompagnent. C’est tout le sens des partenariats que nous développons. Gino a aussi noué récemment un partenariat avec OVHcloud sur la souveraineté des données. Également par ma présence dans l’écosystème legaltech : conférences, échanges, prises de parole.

Un moment fort dans cette contribution ?

Le management. J’ai appris à manager chez Gino, en étant au cœur du business face aux clients, parfois face au mécontentement. Mon équipe est aujourd’hui 100 % paritaire, sans que ce soit calculé. Ma conviction : il n’y a pas un management, il y en a autant que de personnes. Certains ont besoin d’être rassurés pour oser, d’autres d’être canalisés pour ne pas brûler les étapes. Je suis exigeante sur le résultat. Mais mon rôle, c’est de faire grandir chacune et chacun, et de leur rappeler qu’ils ont leur place.

Charline apprend beaucoup en observant les directrices et directeurs juridiques qu’elle accompagne. Il y a cette directrice juridique qu’elle regarde animer ses réunions et embarquer ses équipes. Il y a aussi ce directeur juridique qui porte haut son métier et ses équipes et qui a su parler le langage de sa direction générale : chiffres, coûts, risques, opportunités, gains. Elle l’a vu gagner en influence dans son entreprise. Elle veut retenir cette leçon, un leadership à la fois humain et tourné vers la valeur business.

Et pour la suite, tu te projettes comment ?

Tout ce que je fais aujourd’hui converge vers le business : la relation client, la vente, les partenariats, le management. La suite, je la vois clairement : un rôle de direction au cœur de la stratégie, là où se prennent les décisions. Direction commerciale ou revenue, COO, et à terme direction générale. Avec une dimension internationale. Et en ligne de mire, l’entrepreneuriat : un jour, construire un projet qui soit le mien. Affaire à suivre.

Le #gratitude

Qui aimerais-tu remercier ?

Sur le plan pro, deux personnes. La première, c’est Lionel Angoulevant, DAF chez FlixBus France. Il m’a managée avec beaucoup de confiance, en me laissant de l’autonomie alors que je débutais. Quand j’ai voulu quitter FlixBus, il m’a dit : « Ton projet n’est pas abouti. Trouve mieux, construis ta carrière. » Je le considère comme un grand frère. La seconde, c’est Philippe Ginestié, qui m’a fait confiance.

Le parcours de Charline ne suit pas une ligne droite. Juriste de formation, elle a choisi le business. Introvertie, elle a appris à tenir une salle. Elle avance en osant, en observant, et bien entourée par des personnes qui l’ont encouragée. Le champ des possibles, elle ne l’a pas seulement théorisé : elle l’a pratiqué et n’en a pas fini.

📚 Les recos de Charline

    • Podcast business au féminin : Women at Work de la Harvard Business Review

 



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