L’entrée en matière
Si ton cerveau avait une playlist de fond, ce serait quoi le titre du morceau qui passerait en boucle ?
Ce seraient des morceaux assez dynamiques, qui reflètent mon caractère et mon énergie, donc un peu de musique caribéenne. J’écoute Amiral T, un Guadeloupéen, et bien sûr, le groupe Kassav, ça fait partie de mes playlists pour me redonner de l’énergie. J’aime aussi le jazz, notamment les voix féminines comme Abbey Lincoln. Figurez-vous que je l’ai rencontrée à Vienne, en France, quand j’avais 16 ans. Elle avait le cheveux tressés comme moi (même coupe !), et elle est venue vers moi en me disant « Oh, mais tu pourrais être ma fille ! ». Nous avons fait des photos. Quand j’ai découvert son histoire – cette chanteuse, compositrice et comédienne américaine était aussi une militante des droits civiques engagée dans les années 1960 –, je me suis rendue compte de la chance que j’avais eue. Cette rencontre m’a beaucoup marquée et a lancé mes débuts d’écoute du jazz. J’ai commencé la batterie il y a un an et demi pour me reconnecter avec la culture antillaise. Qui sait ? Je vais sûrement finir par m’orienter vers le tambour traditionnel antillais (ka) !
Comment décrirais-tu ton style au boulot ? Je suis extravertie et sociable. J’aime les gens et j’aime bien que les gens se sentent bien. J’aime rire, j’aime faire ressortir le côté positif des gens pour leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes. En général, je mets une bonne ambiance au travail et je reste disponible.
Quel nom de star si tu étais une star ? Si j’étais une star, je serais probablement quelqu’un qui incarne la rigueur, la performance et la perfection. Je serais une sorte de Michael Jackson, mais sans ses errements, quelqu’un qui aime faire du bon travail et entraîner les gens avec elle.
Ta couleur préférée ? Le vert, c’est la couleur de l’espoir, de la durabilité, de la nature, de la vie. Pour moi, le vert est essentiel.
Quel objet totem traîne toujours dans ton sac ou ton bureau ? Je porte une chaîne en or que ma mère m’a offerte avant mon départ pour la France métropolitaine, à 16 ans. Elle porte un pendentif qui représente une tête de cheval dans un fer à cheval. Elle m’a dit : « Je t’offre ce bijou pour que tu aies toujours de la chance et que tu aies une vie épanouie ». Je suis arrivée en France avec ce bijou au cou, ma mère étant décédée il y a moins de 2 ans (paix à son âme), sa valeur à mes yeux est aujourd’hui incommensurable.
Les petits bonheurs
Qu’est-ce qui te fait sourire au boulot ? Les blagues, les collègues qui ne se prennent pas au sérieux malgré leurs compétences.
Quel petit rituel rends-tu sacré dans ta journée ? Quand je me réveille, j’aime bien prendre conscience que je me réveille, méditer, je ressens de la gratitude. J’écoute mon corps pour entendre ce qu’il a à me dire et je fais des respirations profondes. Ensuite, je me lève, je fais du renforcement musculaire et je lance la maisonnée. J’aime bien prendre une douche froide, même l’hiver, avant d’aller au travail : je me sens vivante.
Quelle odeur te met immédiatement de bonne humeur ? Les fleurs, j’adore l’odeur des fleurs. J’aime beaucoup l’odeur des roses et l’odeur des lys pas encore tout à fait ouverts.
Quel est le compliment qui t’a le plus marqué dans ta carrière ? « Tu es un rayon de soleil ».
Les convictions
Quel combat professionnel t’anime le plus ? La place des femmes. Les femmes créent du lien, de la transversalité, donnent du sens. Les fonctions supports sont souvent occupées par des femmes très à l’aise pour créer du lien. Une femme est souvent plus à l’aise dans la construction de relations de longue durée, de partenariats. Nous, les femmes, nous devons accepter de prendre notre place dans toutes les sphères de la société, aux côtés des hommes, pour assurer la transmission aux générations suivantes.
Les habitudes positives… ou pas
Comment tu gères la négativité ? Quand la négativité émane de moi, j’essaie de me souvenir des paroles positives des autres, par exemple ce que mes enfants me disent. Ma fille m’a dit un jour : « Maman, tu es l’être humain que j’aime le plus au monde ». Ça m’a vraiment marquée, et quand j’ai tendance à me dire « Oh là là, j’ai été nulle sur ce coup-là ! », je me dis « Mais non, tu n’es pas nulle, regarde ce que tu as fait de positif ». Quand quelqu’un me renvoie une mauvaise image de moi, je me dis que je sais qui je suis. J’ai eu beaucoup d’épreuves dans ma vie qui m’ont fortifiée et fait prendre conscience de mes valeurs. Ce regard négatif glisse, comme la rosée sur le pétale d’une rose. Cependant, j’écoute toujours les paroles négatives en me disant qu’il y a peut-être quelque chose à prendre. J’analyse, je prends ce qui est bon et je rejette le reste. Je réfléchis énormément pour m’ajuster, et je n’ai aucun problème à me remettre en question et à faire amende honorable si j’ai fait quelque chose qui a généré de la négativité. Je crois que c’est ce qui fait ma force et qui renforce ma résilience.
Quel est ton petit plaisir coupable ? J’aime bien faire du « binge watching » quand je suis seule à la maison, même si cette activité reste très rare. Il m’est arrivéé de regarder la télé jusqu’à 3 heures du matin un vendredi soir, je sais que c’était excessif. J’aime beaucoup le champagne et ses bulles infinies.
Le fun fact
Quel est ton signe astrologique ? Je ne crois pas vraiment à l’astrologie, enfin, seulement quand ça m’arrange. Je suis sagittaire, et en effet, le signe tel qu’il est décrit en général correspond un peu à mon caractère, je rate rarement ma cible (rire). Les signes chinois sont presque plus précis, je suis tigre de bois, et c’est mon animal totem, celui que j’admire le plus.
Un talent caché ? J’aime bien écrire. Je peux être incisive et persuasive à l’écrit. Mes lettres ont souvent touché leurs destinataires. J’avais écrit un courrier à mon beau-père, qui a eu une vie très dure, mais riche. Il l’a gardé près de 15 ans dans ses affaires. Il était d’apparence bourru et exprimait peu ses émotions ou sentiments, pourtant lors de sa cérémonie funéraire (qu’il repose en paix), j’ai découvert qu’il avait consacré beaucoup de temps à s’occuper des jeunes de sa ville et qu’il avait fait beaucoup de bien autour de lui. Récemment, j’ai envoyé des lettres à des députés sur un sujet législatif qui me tient à cœur, les dispositions problématiques ont été majoritairement rejettées, j’étais vraiment contente. Je sais que ce n’est pas grâce à moi, mais personne ne peut pas soupçonner le véritable pouvoir d’une missive. (Rire) Cela me vient probablement de ma mère qui a dû élever seule ses enfants et qui avait écrit une lettre au président Valéry Giscard d’Estaing. Le cabinet présidentiel lui avait écrit en retour et elle a obtenu gain de cause.
La contribution à la communauté juridique
Si tu n’avais qu’un seul outil pour exercer ton métier ? Je ne pourrais pas me passer de ma personnalité (intégrité et probité). Le leadership est essentiel pour emmener les collaborateurs vers le cap stratégique. Notre profession n’est pas toujours reconnue à sa juste valeur, c’est pour cela qu’il est fondamental de valoriser les juristes dévoués à leur métier. Une DJ se doit d’être une direction qui crée le lien avec les autres départements de l’entreprise. Sans direction juridique, l’entreprise reste vulnérable.
Quelle est la question que personne ne pose jamais mais qui mériterait d’être abordée dans le juridique ? “Qu’est-ce que vous allez apporter à l’entreprise ?” En entretien d’embauche, au-delà des compétences techniques, cette question me semble incontournable pour vérifier si les valeurs véritablement portées par l’entreprise sont alignées avec celle du candidat.
Quel est l’aspect du droit que tu trouves le plus sous-estimé ? Le pouvoir d’éviter les risques. Il y a des entreprises qui n’ont pas de Direction Juridique, mais qui consultent pléthor d’avocats pour résoudre les difficultés survenues. L’aspect audit et évitement du risque est primordiale et se fait en amont. On dit souvent que les juristes sont des empêcheurs de tourner en rond : oui, quand ils sont sollicités trop tard, lorsque les choses commencent à mal tourner, fonction pompier. En tant que directrice juridique, je ne veux pas découvrir des sujets, je veux faire partie de la construction de tout projet dans sa phase la plus amont, l’idéation, pour impliquer les équipes de façon à anticiper et éviter les risques.
Quelle est ta vision idéale du juriste du futur ? Le juriste du futur en entreprise ou en cabinet d’avocats est un juriste « augmenté », qui surfe sur la vague numérique avec aisance, en toute sécurité et qui est vraiment en amont de toutes les étapes des projets de l’entreprise. Lorsqu’il est avocat, il n’est pas sollicité uniquement pour résoudre les problèmes, mais en tant que partenaire investi. Il connaît l’entreprise, il a suivi l’entreprise et a été un conseil dès le départ, ce qui lui permet d’éviter les difficultés. Le rôle du juriste n’est pas d’éteindre les feux. Je me suis engagée au bureau de l’AFJE en région lyonnaise pour participer à la construction collective du juriste de demain. Je pense qu’il y a vraiment un travail à faire en amont avec les étudiants, les ingénieurs, les futurs dirigeants d’entreprise pour leur montrer l’intérêt de sécuriser les opérations et missions de l’entreprise grâce à un collectif qui fonctionne où le juriste a toute sa place. Seul, on va plus vite, mais ensemble, on va beaucoup plus loin.
Le #gratitude
La personne que tu admires ? J’ai eu l’honneur de travailler avec Aymeric d’Arcimoles, ancien CEO de Turbomeca, devenu Safran Helicopter Engines. Il avait une façon toute particulière de pousser à l’intégration des nouvelles recrues : participation aux salons à l’étranger, rencontre des clients privilèges. Quand je l’ai vu la première fois, il m’a dit : « Bonjour, je suis Aymeric, le CEO de Turbomeca, je te souhaite la bienvenue dans la société. J’espère que tu vas t’épanouir ici parce que la société a besoin de toi.” Il m’a vraiment donné envie de m’investir et surtout l’envie de donner envie à mon tour, de m’engager sans compter pour une cause dans laquelle je crois. Je lui en serai éternellement reconnaissante.
Un dernier mot ?
Roseny : Pour finir, j’ai beaucoup aimé le témoignage de Louisa Dhamani et je vous invite vraiment à le lire sur le blog. Et d’ailleurs, en parlant d’interviews, j’ai l’impression qu’il y a peu de femmes qui osent prendre la parole dans vos contenus, non ?
Claire : C’est une excellente remarque, et oui, c’est vrai, peu de femmes acceptent spontanément d’être interviewées. J’insiste en douceur, bien sûr, mais elles ont des craintes, parfois fondées, concernant la perception de leur employeur, et d’autres que j’estime infondées, comme le fait de penser qu’elles n’auraient rien de spécial à apporter. Il y a aussi parfois des contraintes liées à un changement de poste en cours qui les empêchent de s’autoriser ce type de communication. Mais nous continuons à les encourager !
J’ai des interviews déjà réalisées que j’aspire à publier prochainement mais j’attends que ces femmes que je trouve inspirantes soient prêtes !

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