Interview #FAN2 Charlotte Pons, la curiosité comme meilleur des défauts
Il y a des plumes qui savent se faire oublier pour mieux porter la voix des autres. Charlotte Pons en est une. Juriste de formation, Co-fondatrice d’une Legaltech, puis biographe à ses heures, également créatrice du podcast Le Journal de Charlotte qu’elle reprendra prochainement et du format d’interviews Rencontres Impromptues, vous l’aurez compris Charlotte est une ovni.
Ce genre de pépite à côté de laquelle un ange ne pouvait pas passer sans se retourner ! Charlotte rejoint pour cette rentrée Your Legal Angel comme Consultante Marketing & Partenariats.
Son rôle : animer notre communauté de legaltechs, de consultants et de formateurs, et porter nos événements et webinaires. Pour l’occasion, nous l’avons fait sortir, pour une fois, de sa place d’interviewer.
L’entrée en matière
Qu’est-ce que ça te fait de passer de l’autre côté du micro ?
Je suis à la place de l’interviewée pour une fois. Je suis honorée et flattée !
Pour nous, tu es un peu une juriste ovni, dans le bon sens du terme. Qu’est-ce que tu dirais à une étudiante qui a peur de la bifurcation ?
La première chose que je dirais, c’est de cultiver sa curiosité. Sur les autres métiers, sur les compétences transverses, sur ce qui se fait ailleurs.
La deuxième, être audacieuse. Ne pas avoir peur de sortir de sa zone de confort. Avec le recul, j’aurais dû tenter plus de choses, prendre un poste où il fallait parler anglais alors que je ne n’étais pas complètement fluent, ou contacter des gens qui m’impressionnaient. Ce sont les rencontres qui font les carrières.
Et la troisième, apprendre sans cesse. Même des choses qui ne sont pas juridiques. La narration, par exemple, sert pour se présenter, pour mieux pitcher. La gestion de projet. Pas très sexy, mais essentielle. Toutes les compétences qu’on acquiert hors du juridique peuvent nous servir au quotidien.
Comment on passe de juriste immobilier à copywriter pour legaltechs et aussi à biographe ?
C’est toujours la curiosité. Contrairement à plein d’autres juristes que j’admire, je n’ai aucune vision sur ce que devrait être le droit. Je suis une “juriste au jour le jour”, mais avec beaucoup de curiosité. Et je m’ennuie assez vite. L’ennui et la curiosité font bon ménage pour bifurquer.
J’ai été juriste immobilier pendant huit ans en entreprise privée, en collectivité, en agence d’urbanisme, entre Paris, Bordeaux et la Réunion. Puis j’ai vu la lumière du digital, j’ai repris une année d’études, j’ai découvert le web, le référencement, le marketing.
J’ai co-créé une legaltech, Hellia, qui aidait les bailleurs privés à rester conformes dans leur gestion locative. Ça m’a appris ce qu’est une entreprise, un client, l’exigence d’un marché.
En parallèle, je me formais au copywriting. En France, on en parlait peu, j’allais chercher ce qui se faisait aux États-Unis.
Et comme je n’avais pas de réseau, j’ai lancé mon podcast Le Journal de Charlotte, dédié à l’innovation juridique et aux legaltechs qui bousculent le droit, et plus récemment Rencontres Impromptues, un format plus libre où je rencontre celles et ceux qui m’inspirent.
Les petits bonheurs
Qu’est-ce qui te fait sourire dans une journée ?
Tout me fait rire. Je suis de nature “euphorique”. Mon compagnon qui me fait une blague. Mon chat qui me fait une drôle de tête. Un jeu de mots à la télé. Même les blagues faciles.

La musique qui te fait du bien ?
Beaucoup de Ben Harper. La musique classique aussi, comme je pratique la danse. J’aime aussi les chanteuses et les chanteurs de la Réunion, même les plus kitsch, les plus romantiques.
Le meilleur voyage que tu aies fait ?
Le Japon. Je n’attendais rien de ce voyage si ce n’est la joie de découvrir un nouveau pays. C’est peut-être pour ça qu’il m’a marquée. On y mange très bien si on fait comme les locaux, dans des petites cantines à cinq euros. On y marche beaucoup. Et surtout, on y sent une culture millénaire qui a été préservée dans ses rituels, dans ses silences, dans son rapport au respect. Osaka et son excitation lumineuse. Kyoto et ses traditions. C’est un très beau pays, et je comprends pourquoi les gens ont envie d’y revenir.
Si tu pouvais revivre une journée parfaite ?
Une rando avec mon compagnon à la Réunion, un gîte le soir, un cari pour terminer. Je “romantise” à peu près tout, je peux manger un McDo sur une aire d’autoroute et être heureuse. Mais la journée rando, c’est vraiment la journée parfaite.
Les convictions
Quelle technologie va, selon toi, le plus impacter le métier de juriste ?
L’IA.
Et ce qui m’intéresse, c’est moins l’outil que la posture. On peut être un juriste très traditionnel et avoir un esprit profondément entrepreneurial. Le juriste 3.0, c’est d’abord un mindset : savoir changer sa manière de pratiquer, s’être saisi des outils pour arrêter de perdre son temps sur des tâches ingrates.
Qu’est-ce qui te fait dire qu’un juriste n’y est pas encore ?
Être digital ou pas, pour moi, ça ne dit rien de la qualité du juriste. On peut être un excellent juriste en ayant “les deux mains dans le papier”.
En revanche, quand on perd son temps à reporter des informations une par une, à comparer des versions de contrats à la main, à retenir de tête, … à faire ce qu’un bon outil ferait pour nous, alors, pour moi, on passe à côté de son métier.
Et puis il y a une deuxième porte qu’on ne voit pas : celle des opportunités de carrière. Le digital ouvre la voie à des rôles qu’on n’imaginait pas tenir. Le juriste qui ignore ça rate quelque chose.
Tu accompagnes les legaltechs dans leur stratégie de contenu. La plus grosse erreur de communication sur le marché français ?
Oublier qu’il y a des gens derrière les juristes. On s’adresse à des hommes et des femmes faits de chair et de sang, pas à des fonctions administratives. Certaines legaltech commencent à dépoussiérer leur communication très corporate. On peut avoir une image très simple tout en restant haut de gamme. Le marché français manque parfois de simplicité.
Comment aimerais-tu qu’on se rappelle de toi dans le monde juridique ?
Comme quelqu’un qui a simplifié les choses pour apporter de l’impact réel. Je trouve hallucinant que la législation soit à ce point difficile pour un citoyen. Dans une démocratie, on devrait être tous au même niveau face à la loi. Si on se complique la vie avec un millefeuille administratif, on perd en efficacité. D’autres pays ont tranché. Les choses les plus simples sont souvent les plus efficaces.
Les habitudes positives ou pas
C’est quoi ta routine pour rester en forme ?
De la danse classique deux fois par semaine. Je l’ai reprise après dix ans d’arrêt. Du cardio, deux fois par semaine. Je suis sédentaire, et la sédentarité est tellement mauvaise pour la santé que je ne me donne pas le choix. Ce qui me plaît dans la danse, au-delà du geste, c’est la sensation qu’elle procure.
Un rituel sacré ?
Je fais des mots fléchés avant de dormir. Niveau trois ou quatre, pour être sûre de ne jamais terminer la grille et de m’endormir dessus. Oui, ça fait mamie mais je l’assume.
Un plaisir caché ?
Les documentaires sur les serial killers. Je trouve fascinant de comprendre comment on en arrive là. Il y a également des enquêtes où tu vois des gens maquiller une scène en se disant « ça va passer ». Non, ça ne va pas passer. Mais ça me sidère qu’ils aient pu le croire.
Un conseil beauté ?
Je suis à fond dans les produits de beauté. Un gua sha avec de l’huile d’argan le soir, avant la nuit. Simple, efficace, et terriblement agréable. J’adore me tartiner des tas de crèmes sur le visage.
Ta plus grande peur ?
Perdre la mémoire. Le vrai sujet, pour moi, c’est celui-là.
Le fun fact
T’as un talent caché ?
Une grande capacité d’écoute. Je m’en sers pour la biographie, pour le copywriting, pour l’audit. Les gens me confient des choses qu’ils ne diraient pas à leurs proches. C’est une compétence transverse qui ouvre bien des portes.

Un film ou une série qui t’accompagnent depuis longtemps ?
Resident Alien. Un extraterrestre qui prend l’apparence d’un médecin et doit apprendre les codes des humains sans jamais y arriver. À mourir de rire.
J’ai aussi une faiblesse assumée pour les films de dinosaures. J’ai revu Jurassic Park vingt-cinq fois. Et je ne vais pas te mentir, j’ai regardé Anaconda 3 avec David Hasselhoff jusqu’au bout. C’était très nul. J’ai aimé. Je regarde vraiment toutes sortes de films.
Un livre que tu reliras toujours ?
Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Un très grand classique. J’adore. Et puis Stefan Zweig, Les Rois Maudits de Maurice Druon, les polars de Jean-Christophe Grangé.
Si tu étais une rock star, ton nom de scène ?
Un nom qui aurait un rapport avec un dinosaure, obligatoirement.
Ta pire boulette au travail ?
Un jour, je me suis assise dans une salle de réunion qui ne me concernait pas. Table en U, personne que je connaissais. Il m’a fallu quelques minutes pour comprendre que je m’étais trompée d’étage et au moins 15 pour oser quitter la salle. Pendant quinze minutes, personne n’a rien dit.
Un truc dangereux ou improbable que tu as fait dans ta vie ?
Une traversée Martinique vers les Grenadines, en voilier, en duo, alors que je ne savais pas barrer. J’ai appris sur le tas. On se prenait des vagues énormes dans la figure. Avec le recul, je me dis “quelle inconscience”. Aujourd’hui, je ne le referais plus. C’est beaucoup trop dangereux !
La contribution à la communauté juridique
Comment tu fais avancer la profession, concrètement ?
Par mes contenus, par mon podcast Le Journal de Charlotte que je vais relancer, par les audits que je mène auprès des clients. Ma conviction, c’est qu’il faut rendre le droit intelligible, et pour y arriver, il faut quitter la posture compliquée qui a protégé la profession pendant trop longtemps.
Et depuis cette rentrée, je rejoins Your Legal Angel comme Consultante Marketing & Partenariats. Mon rôle, c’est d’animer la communauté de legaltechs, de consultants et de formateurs qui gravitent autour de la marketplace, et de porter les événements et les webinaires qui structurent cet écosystème. Mon ambition pour notre blog, c’est qu’il devienne un vrai magazine de référence sur l’innovation juridique en France.
Qu’est-ce qui t’a convaincue de rejoindre l’équipe ?
Je suis une affective. Tout commence par les gens. Vous auriez pu vendre des trombones, c’était pareil ! Ce qui fait la qualité d’un travail, ce sont les personnes avec qui tu le fais. Vous aviez une vision claire. Et puis dans un monde qui se connecte de plus en plus mal, je crois beaucoup à ce que vous faites : relier des mondes très différents à travers une marketplace. C’est ambitieux et c’est juste.
Le #gratitude
Qui aimerais-tu remercier dans ton parcours ?
Mon ancien associé avec qui j’avais co-fondé la legaltech Hellia, qui est resté un ami, et sans qui je ne serais pas dans cet écosystème aujourd’hui.
Mon compagnon, parce que tout devient possible quand on est avec la bonne personne.
Je remercierais même les gens avec qui je n’ai pas eu de bonnes relations (il y en a eu peu, fort heureusement), à leur manière, ils m’ont montré tout ce que je ne voulais plus. 😅
Et puis tous ces amis que j’admire, chacun pour une chose précise. Ce qui m’inspire par-dessus tout, ce sont les outsiders. Les gens qui se sont construits eux-mêmes, qui sont partis de rien et qui ont bâti une activité qui dure. Je trouve ça beau.
Passage de relais
Charlotte passe le micro #Fan 2 :
Thierry Arnaldi, mathématicien toulousain devenu entrepreneur en cybersécurité et Linda Oriot, un couteau suisse plein d’énergie.
Les recos de Charlotte
- Un roman qu’elle relit toujours : Orgueil et Préjugés de Jane Austen
- Pour les amateurs d’histoire : Les Rois Maudits de Maurice Druon
- En polars : Jean-Christophe Grangé
- Pour pleurer de rire : la série Resident Alien
- Pour pleurer tout court : les dramas coréens
- Faiblesse assumée : les films de dinosaures, Jurassic Park compris
- Musique : Ben Harper, et le classique quand on est danseuse
- Rituel du soir : des mots fléchés niveau trois ou quatre pour s’endormir
- Beauté : un gua sha avec huile d’argan avant la nuit
- Un voyage à faire sans aucune attente : le Japon
- Un podcast à écouter : Le Journal de Charlotte, le sien, pour comprendre l’écosystème legaltech français
- Un format d’interview à suivre : Rencontres Impromptues, sa création

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